A la mine de son «client,» le Président jugeait l'effet de son allocution; il était grand, et tel qu'il le souhaitait.

Norbert qui jusque-là avait gardé la main sur le loquet de la porte, le lâcha et se rapprocha.

—N'avez-vous pas une certaine liberté maintenant, monsieur le marquis? poursuivit Dauman. C'est l'essentiel. Votre père saura-t-il si vous l'employez à chasser ou à toute autre chose?

—A quoi?

Dauman partit d'un franc éclat de rire.

—Dame!... je ne sais pas, cela dépend des goûts. Je ne puis parler que de ce que je ferais si j'étais à votre place.

—Dites-le, Président.

—Pour lors, je ne resterais au château que juste assez pour ne pas inquiéter papa. Ah! je n'y ferais pas grande poussière. Le reste de mon temps, le bon, je le passerais à Poitiers, qui est une belle ville où on a tout sous la main. J'y louerais un petit appartement, et j'y vivrais comme un joli garçon qui est son maître. A Champdoce, je garderais ma veste et mes sabots, mais à Poitiers j'aurais de fins escarpins et des habits achetés chez les meilleurs tailleurs. Puis, je me faufilerais dans la société des étudiants, de joyeux vivants, qui passent toutes les nuits à boire du punch, à jouer au billard et à chanter la mère Godichon. Voilà qui est vivre. J'aurais des amis, des maîtresses; j'irais au spectacle, au bal, dans les cafés. J'en ai tâté, moi, quand j'étudiais pour entrer dans les affaires...

Il s'interrompit et brusquement demanda:

—Il doit y avoir de bons coureurs parmi les chevaux que votre père élève, et qui sont parqués en bas des prés Juron?