Etait-ce pure politesse d'amphitryon? Son approbation était-elle sincère? Sa gracieuseté ne cachait-elle pas une arrière-pensée? Le discerner était difficile.

Toujours est-il que Norbert n'en revenait pas.

Sans être doué d'une grande pénétration, il avait étudié son père comme l'esclave étudie son maître, et il le connaissait. Il avait retenu son opinion exacte sur quantité de choses, et savait précisément quels sujets avaient le don de lui plaire ou de l'irriter.

Or, M. de Puymandour eût parié de froisser toutes les idées du duc de Champdoce, de heurter tous ses préjugés, qu'il ne s'y fût pas pris autrement.

Mais il n'avait rien parié de semblable, le digne homme. Une telle pensée était bien loin de son esprit, cela sautait aux yeux. Sa figure n'exprimait que le parfait contentement de soi et des autres; il s'épanouissait, il triomphait en dehors, il jouissait.

Ces manières d'être n'avaient rien de surprenant pour qui était au fait de sa position dans le pays.

Il y jouissait d'une exécrable réputation.

M. de Puymandour habitait avec sa fille unique, Mlle Marie, une ravissante maison moderne, éloignée de moins d'une lieue de Champdoce. Recevoir était son plus grand bonheur, et il recevait magnifiquement.

Mais les hobereaux du voisinage, qui acceptaient de la meilleure grâce du monde ses bons dîners, ne se gênaient pas pour le déchirer à belles dents, tout en digérant. On disait très nettement: «Ce voleur de Puymandour,» ou encore: «Puymandour, ce coquin.» Il eût été prouvé qu'il s'était enrichi à arrêter des diligences sur les grands chemins, qu'on ne l'eût pas traité beaucoup plus mal.

C'est qu'en effet, il était riche. Il ne possédait pas moins de cinq millions, assuraient les bien informés. De là, certainement, la haine.