La vérité est que M. de Puymandour était un galant homme, avait fort honnêtement gagné ses millions, à faire le commerce des laines sur les frontières d'Espagne.
Son grand, son seul tort était de s'appeler simplement Palouzat.
Hélas! il vivait heureux et estimé à Orthez, sa ville natale, quand un matin la tarentule nobiliaire le piqua, et sa vie fut empoisonnée.
Son nom de Puymandour, il l'avait emprunté à une de ses terres; son titre de comte, il l'avait acheté à l'étranger; ses armes, il les avait commandées chez le meilleur faiseur de Paris.
Dès lors, il n'avait plus eu qu'une préoccupation: être, ou du moins paraître noble.
Chassé d'Orthez par les plaisanteries béarnaises, il vint s'établir en Poitou, espérant y trouver la noblesse moins exclusive et plus clémente. Funeste erreur!
Il fut toléré dès le premier jour; reconnu jamais. Et depuis douze ans, une moyenne de cinq allusions par jour lui prouvait qu'on oubliait pas son origine.
C'est dire quels sentiments de gratitude profonde il apportait au château de Champdoce.
Dîner chez ce terrible duc, qui jamais n'admettait personne à table, c'était recevoir un indiscutable brevet de noblesse.
Aussi, lorsqu'on eut servi le café,—le duc en avait envoyé acheter à Bivron,—la reconnaissance de M. de Puymandour, déborda en actions de grâces et en promesses d'absolu dévouement.