Au dernier moment, il eut peur. C'était là une de ces démarches sur lesquelles on ne peut plus revenir. Le péril l'éclaira.
Il revit, comme en traits de feu, sa lettre entière et la jugea ce qu'elle était, puérile et ridicule.
L'inspiration devait le servir mieux que toutes les peines qu'il avait prises. Rassemblant toute son énergie, il eut le courage de rompre le premier le silence.
—Si j'ose me présenter ainsi devant vous, mademoiselle, commença-t-il de cette voix rauque et voilée que donne l'extrême émotion, c'est qu'une inquiétude insoutenable me déchirait. Aviez-vous seulement pu regagner Sauvebourg, blessée comme vous l'étiez!
Il s'arrêta, espérant un mot d'encouragement qui ne vint pas. Il poursuivit donc:
—Je brûlais de courir au château demander de vos nouvelles, mais vous m'aviez défendu de parler du malheureux accident... pour rien au monde je ne vous aurais désobéi.
—Je vous remercie, monsieur le marquis, balbutia enfin Mlle Diane.
—Hier, poursuivit Norbert, j'ai passé la journée ici, comptant les minutes. Me pardonnerez-vous ma folie? Je me disais que peut-être, ayant vu ma douleur, vous devineriez mes anxiétés, que vous en auriez pitié, et qu'alors, vous daigneriez...
Il n'acheva pas, effrayé de sa hardiesse, confondu de l'apparence d'impertinente présomption de ce qu'il allait ajouter.
Mlle de Sauvebourg, pourtant, ne parut point choquée.