—Non, se dit-elle, rejetant cette salutaire inspiration, non, ils ne me comprendraient pas. Mon père me prouverait que jamais l'avare duc de Champdoce ne donnera son consentement. On me retiendrait au château, on me mettrait peut-être au couvent.
Cette dernière crainte mit fin à ses hésitations et la détermina à persister dans sa résolution d'agir seule et sans conseils.
Cependant, au moment de courir à ce rendez-vous qu'elle avait donné, un sinistre pressentiment l'arrêta sur le seuil du château: elle le repoussa.
—Ah! c'est trop de faiblesse, murmura-t-elle, je veux... je veux!... Le pis qui me puisse arriver est d'être enfermée au couvent avec ma réputation perdue. Eh bien! j'aime mieux cela que d'y rentrer tant qu'il reste une lueur d'espoir.
Elle partit donc, et, à mesure qu'elle avançait, la confiance lui revenait, et la vue de Norbert acheva de dissiper sa tristesse.
Comment craindre, en voyant dans les yeux de cet adolescent cet enthousiasme de pur amour prêt à braver tous les périls, et cette foi que ne rebute aucun obstacle?
Elle fut donc ce qu'elle avait été la veille, enjouée et bienveillante, avec plus de réserve toutefois, instruite à se tenir en garde contre les surprises de son cœur.
Longtemps ils restèrent à causer à cette place qui leur était si chère, il ne fallut rien moins que le bruit des pas d'un paysan qui passait au bout du sentier pour rappeler Mlle Diane au sentiment de la situation.
N'avait-elle pas ses pauvres à visiter? Négliger en ce moment ce prétexte de sa liberté eût été une insigne folie...
Comme la veille, Norbert l'accompagna. Il s'était enhardi jusqu'à lui offrir son bras, elle avait accepté, et aux passages difficiles, quand le sentier devenait glissant elle s'appuyait légèrement sur lui.