Un matin, en se levant, Norbert trouva le temps changé. Plus de soleil. Un vent glacé tordait les branches noires des arbres, et chassait des torrents de pluie.
Il dut reconnaître et s'avouer qu'on ne laisserait pas Mlle Diane sortir par un temps pareil, et tristement il alla s'installer avec un livre sous la haute cheminée de la salle commune.
Mlle de Sauvebourg était sortie cependant, mais en voiture, pour se rendre chez une pauvre veuve qui habitait une misérable masure à l'entrée du bourg du Bivron.
Cette malheureuse, la semaine précédente, s'était cassé la jambe en allant à l'herbe pour ses deux vaches, et ce n'est pas avec les douze sous que sa fille Françoise gagnait à aller en journée qu'elles pouvaient se suffire.
Quand Mlle Diane pénétra dans l'unique chambre de cette triste demeure, elle trouva la veuve en larmes, et sa fille qui sanglotait, agenouillée au pied du lit, la tête cachée dans la couverture.
—Quel malheur vous arrive? demanda-t-elle, qu'avez-vous?
La veuve lui montra une feuille du papier timbré, placée sur le lit, et avec une volubilité lamentable, lui apprit qu'elle devait cent trente écus, qu'elle n'avait pu les payer à l'échéance, qu'on la poursuivait, qu'on la ruinait en frais, qu'on allait saisir ses deux vaches et les vendre, qu'ensuite elle serait sans pain et que ce serait la fin de tout.
C'était le Président, ajoutait-elle, ce coquin de Dauman, qui était la cause de tout, encore qu'il parût n'agir pas pour son compte, mais elle savait à quoi s'en tenir sur ce gueux, ce brigand, ce voleur...
Et alors, avec la crudité des gens de campagne, qui n'habillent pas leur pensée moins simplement qu'eux-mêmes, et qui appellent un chat du chat, la veuve raconta qu'elle avait envoyé implorer un délai, que ce «gredin» de Dauman l'avait refusé, mais qu'il avait bien en le front de dire qu'il changerait peut-être d'avis, si la fille de la veuve venait le lui demander...
Cette fille n'était pas jolie, il s'en faut, mais c'était une robuste et plantureuse Poitevine, ayant sur la joue un pouce de fard nature; bonne travailleuse, et qui ne pouvait manquer de trouver un mari.