Elle accompagnait sa mère de cris aussi déchirants que si on l'eût écorchée.
Ce récit révolta Mlle de Sauvebourg.
—C'est une indignité, s'écria-t-elle, je vais aller lui parler, à cet homme; attendez-moi, je reviens.
Elle remonta vivement en voiture, ordonnant au cocher de presser les chevaux, et dix minutes après elle entrait chez le «Président.»
Maître Dauman était occupé à colorier un plan destiné à une expertise, quand l'équivoque vieille qu'il appelait sa ménagère, introduisit Mlle de Sauvebourg dans son «cabinet.»
A son entrée, il repoussa brusquement son fauteuil et se leva, son bonnet de velours à la main, s'inclinant jusqu'à terre, affectant un trouble respectueux qu'il était fort loin d'éprouver réellement.
La vérité est que, mieux informé de ce qui se passait dans le pays que le brigadier de gendarmerie, il n'ignorait pas les relations de Mlle de Sauvebourg et de Norbert, et qu'en lui-même il se demandait:
—Que diable vient chercher chez moi cette jolie fille?
Mais Mlle Diane, sans connaître précisément le Président, n'était pas, comme Norbert, naïve au point de se laisser prendre à tout ce patelinage de mauvais aloi.
C'est du geste le plus dédaigneux qu'elle repoussa la chaise que lui tendait Dauman, se faisant, par cela seul, un ennemi de ce dangereux et rancunier personnage.