Le duc avait fait mourir sa femme de chagrin; il avait réduit son fils unique aux derniers expédients du désespoir; mais que lui importait!... Ni la duchesse, ni Norbert n'avaient osé, de leur vie, élever une plainte ou hasarder une objection; donc il triomphait.

—Du reste, marquis, poursuivit-il, de votre mariage va dater une ère nouvelle. Votre équipage de rustre n'est plus de mise. Demain, nous nous rendrons à Poitiers, où je vous ferai habiller comme le doit être un homme de votre rang. Il s'agit de ne pas effaroucher cette péronnelle...

—Cependant, mon père...

—Attendez. Je vous abandonnerai un des appartements du château, et vous y passerez votre lune de miel. Vous tâcherez qu'elle dure le moins possible. En nous y prenant bien, nous amènerons vite votre jeune femme à nos habitudes. J'entends qu'avant un an, elle soit ce qu'elle devra rester, une bonne grosse fermière, prudente, économe, ayant l'œil à tout, mettant son bonheur et sa gloire à amasser une grosse fortune pour nos descendants. Quand elle en sera là, nous fermerons l'appartement; vous reprendrez votre veste de travail, et tout sera dit.

Ces incroyables prétentions n'étaient pas nouvelles, cent fois le duc les avait hautement exprimées, et cependant Norbert restait abasourdi, comme s'il les eût comprises pour la première fois.

—Cependant, mon père, commença-t-il sans trop d'hésitation, si Mlle de Puymandour ne me plaisait pas?...

—Eh bien?

—Si je vous priais de m'épargner un mariage qui ferait le malheur de ma vie?...

M. de Champdoce haussa les épaules.

—Propos d'enfant! répondit-il. Cette alliance me convient, et c'est assez...