Chancelant sous ce coup inattendu, qui l'arrachait aux félicités de l'illusion et le mettait aux prises avec l'implacable réalité, il essaya de répondre, de dire quelque chose, mais les paroles expiraient sur ses lèvres.

Le duc ne vit pas ou ne voulut point voir le trouble affreux de son fils, et c'est du ton le plus posé qu'il reprit:

—Il n'est pas besoin, j'imagine, mon fils, de vous apprendre le nom de la jeune fille que je vous destine, vous le devinez.»

Norbert ne répondit pas.

—Cette jeune fille, poursuivit M. de Champdoce, n'est autre que Mlle Marie de Puymandour. Vous la connaissez, vous l'avez vue; un dimanche même, en sortant de la grand'messe, étant avec vous, je lui ai adressé la parole. Eh bien!... ne m'entendez-vous pas? Répondrez-vous? Ne vous rappelez-vous pas!...

—Oui, mon père, balbutia le pauvre garçon, oui, je me souviens...

—Elle ne saurait manquer de vous plaire. C'est une fort jolie personne, grande, brune, assez forte, merveilleusement constituée pour nous donner des héritiers robustes. Ses yeux, ses cheveux et ses dents sont admirables. N'est-ce pas votre avis?...

—En effet, répondit Norbert, sans avoir, certes, conscience de ce qu'il disait, il me semble... je crois... Cependant, c'est à peine, si je l'ai regardée.

Le vieux gentilhomme eut un geste équivoque, très-digne d'un ancien favori du comte d'Artois.

—Jarnicoton? fit-il d'un air goguenard, je vous croyais plus convaincu. Enfin!... vous aurez tout le temps de l'examiner quand vous serez son mari.