Quel moment que celui où Norbert et Mlle de Sauvebourg se retrouvèrent chez Dauman, libres de toute contrainte!

Ils n'avaient plus que quelques mois à attendre, et pour s'encourager à prendre patience, à l'aide de mille précautions, ils passaient toutes les après-midi une heure ensemble au sentier de Bivron, mais de l'autre côté de la haie, cachés par les arbres.

C'est de l'un de ces rendez-vous que revenait Norbert, l'esprit libre, le cœur plein de joie, quand on l'avertit que son père le demandait dans la salle commune. Il y courut.

—Marquis, commença le duc sans préambule, réjouissez-vous; je vous ai trouvé un parti, avant deux mois vous serez marié!

VII

C'est quand on est heureux, surtout, qu'on doit craindre.

C'est au moment où l'avenir paraît sourire, où les espérances chèrement caressées semblent sur le point de se réaliser, qu'il faut trembler.

Le soleil brille, pas un nuage au ciel, la brise arrive tiède et parfumée, on s'endort. Et c'est dans les ténèbres, aux éclats de la foudre, qu'on se réveille.

Le tonnerre tombant aux pieds de Norbert l'eût moins épouvanté que cette déclaration de son père:

—Avant deux mois vous serez marié.