Il ne passait plus son temps seul à Poitiers. Il y avait retrouvé Montlouis, ce fils du fermier de son père qui lui avait offert sa première tasse de café, et assez souvent ils allaient, le soir, jouer aux dominos au café Castille.
Montlouis n'était plus que pour peu de temps à Poitiers. Ses études étaient terminées, et il devait, le printemps venu, rejoindre à Paris le jeune vicomte de Mussidan, en qualité de secrétaire intendant.
Même ce départ le désolait, car il aimait passionnément, ainsi qu'il l'avoua à Norbert, une jeune fille de Châtellerault qu'il allait visiter tous les dimanches.
Confidence pour confidence, Norbert ne sut pas cacher ses amours, et, plus d'une fois, Montlouis l'accompagna lorsqu'il allait attendre que s'entr'ouvrît la petite porte du jardin du marquis de Sauvebourg.
Comment le duc de Champdoce laissait-il à son fils une liberté si grande? Il était impossible d'expliquer ce relâchement de sévérité.
Quoi qu'il en fut, il aida les jeunes gens à passer l'hiver. Ils en étaient à
compter les jours qui les séparaient de cette majorité tant attendue. Chacun d'eux avait un almanach où il effaçait, le soir, la journée écoulée.
Ainsi ils effacèrent décembre, puis janvier, puis trois mois encore; les beaux jours revenaient; les châteaux se repeuplaient; M. de Puymandour et M. de Mussidan étaient de retour; le marquis de Sauvebourg ne tarda pas à les imiter.