Il ne voulut pas s'expliquer autrement, mais il avait le don de la persuasion, et quand Mlle de Sauvebourg et Norbert sortirent de chez lui, ils étaient rassurés et plein d'espoir.
Ce fut d'ailleurs une de leurs dernières entrevues de l'année. Le temps continuait à être si mauvais qu'ils ne pouvaient songer à se rencontrer dehors, et la crainte qu'ils avaient d'être épiés les empêchait de profiter de l'hospitalité que Dauman mettait à leur disposition.
Ils ne restaient pas pour cela sans nouvelles l'un de l'autre. Chaque jour la fille de la mère Rouleau portait une lettre à Sauvebourg et rapportait une réponse à Champdoce. Norbert écrivait des volumes.
D'ailleurs la saison s'avançait, et les châtelains du voisinage, chassés par les premiers froids, se réfugiaient à la ville. Le vieux comte de Mussidan était allé demander un rayon de soleil à l'Italie, M. de Puymandour était parti pour Paris avec Mlle Marie, sa fille.
Seul, le marquis de Sauvebourg, chasseur enragé, tenait bon. Mais, pourtant, à la suite d'une tombée de neige, ne pouvant sortir, il se décida à suivre l'exemple général et à regagner, pour l'hiver, la belle et vaste maison qu'il possédait à Poitiers.
Cette séparation, Norbert et Mlle de Sauvebourg l'avaient prévue, et leurs mesures étaient prises. Ils avaient, grâce à l'ingénieuse complaisance de Dauman, toutes facilités pour correspondre.
Mais à quoi bon! Poitiers n'était pas le bout du monde.
Deux ou trois fois la semaine, Norbert sautait sur un cheval, arrivait à la ville, changeait en hâte de vêtements, et allait se promener devant une petite porte, pratiquée dans le mur du fond d'un grand jardin.
A une certaine heure, convenue d'avance, cette petite porte s'entr'ouvrait mystérieusement. Norbert se glissait par l'entrebâillement, et il retrouvait Mlle Diane, plus belle, plus adorée que jamais.
Cette grande passion, la certitude d'être aimé, lui avaient fait perdre en grande partie sa farouche timidité.