—Il nous trahira; il est capable de tout pour de l'argent.

—Tant mieux s'il est avide, son avidité même nous répond de lui; il se taira sur la promesse d'une magnifique récompense.

—Agissez donc comme vous l'entendrez, mon ami.

Enhardi par cette approbation, Norbert s'avança vers maître Dauman.

—Assez, interrompit-il, j'ai confiance en vous et j'ai répondu de vous à mademoiselle. Vous connaissez la situation, arrivons au fait. Que nous conseillez-vous?

—Sachez attendre, articula vivement le Président. Tout est là. Avant votre majorité, la moindre démarche perdrait tout.

—Cependant...

—Eh! monsieur le marquis, qu'est-ce qu'un an de patience à votre âge, avec la certitude du bonheur au bout? Pour le lendemain de vos vingt et un ans, je vous promets, foi de Dauman, trois moyens de faire capituler le duc de Champdoce votre père et de lui arracher son consentement.

Il parlait avec une imperturbable assurance, comme s'il les eût connus, ces moyens.

—D'ici là, poursuivit-il, de la prudence, monsieur le marquis, dissimulez, cachez-vous. On doit être le plus fin, quand on n'est pas le plus fort. On vous a rencontré donnant le bras à mademoiselle. Quelle faute! On a jasé. Qu'adviendrait-il si les propos des bavards arrivaient aux oreilles de M. de Sauvebourg et de M. de Champdoce? Vous seriez séparés, enfermés, surveillés. Voulez-vous réussir? Ne donnez pas l'éveil. Plus inattendus seront les coups que nous frapperons le moment venu, meilleures seront nos chances.