Entre son père et lui la glace était brisée, et, à son sens, c'était tout. Ce qui lui restait à faire lui paraissait bien peu de chose, comparé à ce qu'il avait fait.
—Et cependant, pensait-il, mon père doit être furieux.
Sur ce point, il voyait juste.
Jamais on n'avait vu au duc un visage si terrible. Au souper, où tous les gens mangeaient à la table du maître, il ne se trouva personne d'assez hardi pour prononcer une parole. Et cependant on savait qu'il y avait eu outre le père et le fils une altercation de la dernière violence, et toutes les curiosités étaient en éveil.
Le repas terminé, M. de Champdoce appela un vieux domestique de confiance, à son service depuis plus de trente ans.
—Jean, lui dit-il, M. Norbert est enfermé au second, dans la chambre jaune; en voici la clé, tu vas lui monter à souper.
—A l'instant, monsieur le duc.
—Attends. Tu passeras la nuit dans la chambre de M. Norbert. Qu'il dorme ou non, toi, tu ne fermeras pas l'œil. Il se peut qu'il veuille s'échapper: tu l'en empêcheras. S'il faut employer la force, tu l'emploieras, je te l'ordonne. Si tu n'étais pas le plus fort appelle... j'arriverai.
Cette précaution du duc de Champdoce anéantissait toutes les espérances de Norbert.
Plus d'évasion possible, maintenant qu'il était gardé à vue.