Il était seul, et il ressentait cette exquise et intense jouissance qu'on éprouve après l'accomplissement d'une action très dangereuse ou très pénible, ce qui en est la plus grande et la plus sûre récompense.
A cette heure, véritablement, il était digne de Mlle Diane, cette jeune fille si énergique; il l'avait en quelque sorte méritée, et en examinant tout ce qu'il venait de faire pour elle, ce qu'il avait osé et risqué, il l'aimait mille fois davantage.
Mais comment la voir, comment courir vers elle, lui tout conter? N'était-il pas enfermé?
Pourtant, il était urgent de la voir, prudent de la prévenir le plus tôt possible, afin qu'elle se mît en garde contre toutes les éventualités.
N'était-il pas également indispensable d'informer Dauman de cet événement inattendu, afin de savoir de cet habile et savant conseiller quelle conduite tenir en des conjonctures si graves?
Ces nécessités se présentèrent si vivement à l'esprit de Norbert qu'il forma le projet de fuir, de s'évader, ce qui ne devait pas être bien malaisé.
C'était, en tout cas, plus difficile qu'il ne l'avait supposé. La porte était en chêne plein, de plus d'un pouce d'épaisseur; il eût fallu une hache pour l'entamer. Quant à la serrure, puissante, énorme, elle semblait inattaquable.
Restait la fenêtre. Elle était à plus de quarante pieds du sol. Mais Norbert dit que sans nul doute on viendrait faire le lit pour la nuit, qu'il aurait ainsi deux draps à sa disposition, qu'en les nouant l'un à l'autre il obtiendrait ainsi un moyen de descente très suffisant.
S'échappant la nuit, avec l'intention de revenir avant le jour, il ne verrait pas Mlle Diane, mais il la ferait avertir par Dauman.
Ces résolutions prises, il s'étendit dans un des fauteuils de sa chambre, le cœur joyeux comme il ne l'avait pas eu depuis qu'il connaissait Mlle de Sauvebourg.