M. de Champdoce haussa les épaules à ce sarcasme.
—Je pensais, répondit-il, m'adresser à celle dont les conseils ont poussé mon fils à la révolte. Me serais-je trompé? Vous avez un moyen bien simple de me mettre dans mon tort: décidez Norbert à se soumettre.
Elle baissa la tête sans répondre.
—Vous voyez donc bien, reprit le duc avec un nouvel emportement, que j'ai cent fois raison. Cependant, prenez garde, mademoiselle! je ne pardonnerais pas une obstination qui entraverait mes desseins. Réfléchissez-y, persister serait justifier d'avance les pires représailles. Vous êtes prévenue, assez d'amourettes comme cela!
Ce mot «amourettes,» souligné de la façon la plus injurieuse, acheva d'égarer la raison de Mlle Diane; en ce moment, elle eût sacrifié, pour se venger, son honneur, son ambition, sa vie même.
Oubliant toute prudence, jetant fièrement le masque, elle se redressa, la joue empourprée par la rage, les yeux étincelants de la haine la plus atroce.
—Eh bien!... oui! s'écria-t-elle d'une voix vibrante, avec un geste superbe de menace, oui, j'ai juré que Norbert serait mon mari... il le sera. Emprisonnez votre fils, monsieur le duc, livrez-le aux brutalités de vos valets, vous ne lui arracherez jamais un lâche consentement. Il résistera, parce que je le veux, et jusqu'à la mort, s'il le faut. Jamais son énergie doublée de la mienne ne faiblira...
Sans cesser de fixer le duc, Mlle de Sauvebourg avait reculé jusqu'au bord du fossé qui séparait le bois du petit soulier.
Là, elle s'arrêta, et lui adressant la plus ironique révérence:
—Croyez-moi, monsieur le duc, ajouta-t-elle, ménagez votre fils, et songez, avant d'attaquer mon honneur de jeune fille, que je serai un jour de votre famille. Adieu!...