Mlle Diane était loin déjà que le duc était encore à la même place, trépignant, gesticulant, jetant à tous les vents les plus affreuses imprécations, des menaces terribles et les plus grossières injures.
Certes, tandis qu'il passait ainsi sa colère, il se croyait bien seul. Il se trompait. Cette scène étrange avait eu un invisible témoin: Dauman.
Prévenu par un des domestiques du château de ce qu'il appela incontinent la «séquestration du jeune marquis,» le «Président» n'avait plus eu qu'une préoccupation: aviser Mlle Diane de ce grave événement.
Le malheur est qu'il n'avait, pour cela, nulle facilité. Il ne pouvait se présenter, de sa personne, à Sauvebourg, et pour rien, au monde il n'eut écrit une ligne.
Son embarras était donc fort grand, lorsque l'idée lui vint de courir au rendez-vous habituel des amoureux.
Connaissant le lieu et l'heure, il s'était mis en route à propos, et il était arrivé tout juste comme Mlle Diane apercevant le duc, laissait échapper un cri.
Ce cri avait mis Dauman sur ses gardes. Bruno vint bien le flairer, mais il était connu de l'épagneul; quelques caresses l'en débarrassèrent.
Alors, usant de précautions infinies, il avait réussi à se glisser, en rampant, jusqu'à un endroit d'où il ne perdait ni un geste ni une parole.
S'il se délectait des fureurs du duc, cet ennemi qu'il haïssait jusqu'au crime, il admirait et bénissait l'audace de Mlle Diane. Son énergie lui paraissait sublime, à lui qu'un seul regard du terrible gentilhomme eût couché à plat ventre dans la poussière. Jamais il n'avait osé rêver, pour servir ses lâches et ténébreux desseins, un si admirable caractère.
Au défi jeté en adieu par cette fière jeune fille, il fut si bien enthousiasmé, qu'il lui fallut presque se raisonner pour ne pas applaudir comme au théâtre.