—A votre aise, Président, Norbert me reste... il suffit!
Maître Dauman hocha mélancoliquement la tête.
—Prenez garde, mademoiselle, prononça-t-il; qui compte sur l'avenir compte deux fois. Savons-nous si, en ce moment même, monsieur le marquis ne répond pas Amen à toutes les propositions de son père?
C'était verser de l'huile sur le feu; le «Président» le savait bien. Il excellait en cet art d'exalter la passion par ses résistances calculées.
—Non!... s'écria Mlle Diane, supposer cela serait offenser Norbert. Lui, trahir... il se tuerait avant! Il est timide, c'est vrai; lâche, non. Avec ma pensée et son amour, il résistera...
Le sieur Dauman s'était laissé tomber sur son fauteuil de cuir, devant son bureau, comme s'il eût été brisé par les émotions de cet entretien.
—Nous raisonnons froidement, dit-il, parce que nous sommes ici, libres, en sûreté. M. Norbert, lui, est prisonnier, exposé à toutes sortes de tortures physiques et morales, livré sans défense au caprice du plus méchant et du plus obstiné des hommes... Il est des heures de détresse où les caractères les plus solidement trempés faiblissent.
—Soit, vous avez raison. J'admets que Norbert m'ait abandonné, qu'il soit le mari d'une autre, que je reste moi, déshonorée, perdue, devenue la fable du pays! Et vous pensez que tout serait dit?...
—A la rigueur, mademoiselle, il vous resterait...
—Il me resterait la vie, Président, que je donnerais avec bonheur en échange d'une vengeance terrible!...