Norbert ne répondait toujours pas, et ce silence, outre qu'il désappointait fort M. de Champdoce, l'embarrassait terriblement.
Le personnage qu'il faisait était si nouveau pour lui, il s'imposait une contrainte si extraordinaire, qu'il ne savait plus quelle attitude prendre, ni quelles paroles prononcer.
En cette extrémité, bien plus pour se donner une contenance que parce qu'il avait soif, il prit sur un dressoir un verre qu'il posa sur la table, et, atteignant sa bouteille, il le remplit à demi de vin.
Un frisson d'horreur secoua Norbert de la nuque aux talons.
—Voyons, mon fils, reprit le duc, quelles excuses doit vous faire votre père? Parlez, un homme s'honore en reconnaissant ses torts.
Il avait pris le verre, et machinalement il l'élevait à la hauteur de l'œil.
Norbert ne respirait plus; il lui semblait que le vide se faisait autour de lui.
La tête lui tournait, il entendait comme des détonations à ses oreilles, son estomac se soulevait, ses veines charriaient des torrents de lave... Pourtant il ne broncha pas.
—Il est cruel, continuait le duc, il est douloureux de s'humilier devant son fils... et de s'humilier inutilement.
En vain Norbert détournait la tête... il voyait.