Pour être toute différente de la beauté de Mlle de Sauvebourg, la beauté de Mlle Marie n'en était pas moins éblouissante et rare.

Sa taille assez élevée, était divinement prise, et sa démarche avait cette grâce un peu nonchalante qui est une séduction des femmes des contrées méridionales.

En elle, ce qui imposait surtout l'attention, c'était le contraste de ses grands yeux noirs veloutés, et de sa peau unie et rosée comme les pétales des roses-thé. Pour ses cheveux, d'un noir bleu, quelle que fût la mode, elle les tordait et les fixait, comme au hasard, assez haut sur la nuque, et les femmes ne pouvaient qu'admirer et envier.

Mais ce qu'elle avait, ce que n'avait pas la fière Diane, c'était une âme tendre, capable de tous les dévouements, une angélique douceur qui même dégénérait en faiblesse, et une disposition naturelle à se trouver heureuse, pourvu qu'elle se sentit aimée.

—Voyons, père, reprit-elle, quand elle crut que M. de Puymandour avait assez exhalé son dépit, ne me gronde pas. Tu sais bien que la marquise d'Arlange m'a donné cet hiver des leçons de dignité. Je te jure que je m'exerce en secret, et tu seras intimidé toi-même quand je prendrai mon grand air...

M. de Puymandour haussa les épaules.

—Voilà bien les femmes!... dit-il, ces êtres frivoles et légers, pour qui les intérêts les plus graves sont textes à plaisanteries. Vous raillez, Marie, et moi je me demande avec anxiété si vous saurez porter le poids des hautes destinées que vous prépare mon affection.

Il se leva et alla s'adosser à la cheminée, une main dans l'ouverture de son gilet, l'autre prête pour le geste, ce qui était sa pose de prédilection quand il méditait un effet oratoire.

—Prêtez-moi toute votre attention, ma fille, commença-t-il. Vous avez eu dix-huit ans le mois passé; le moment est venu de songer à votre établissement. J'ai à vous annoncer une grande nouvelle... Ou m'a demandé votre main.

Mlle Marie baissa la tête, espérant ainsi cacher sa confusion.