—Enfin, ajouta-il, le mari n'est autre que le fils du duc de Champdoce, M. le marquis Norbert.
La malheureuse jeune fille devint pâle comme une morte. Ce nom lui disait à la fois combien ce projet était réel et combien son père y devait tenir.
—Mais je ne le connais pas! balbutia-t-elle, je ne saurais l'aimer.
—Je le connais, moi... et cela suffit. Puis, où avez-vous vu que le mariage soit une amourette? Dans quel roman?... J'ai dit: vous serez duchesse...
Mlle Marie aimait M. de Croisenois plus qu'elle ne l'avait dit à son père, bien plus surtout qu'elle n'avait osé se l'avouer à elle-même. Aussi résista-t-elle d'abord avec une obstination, il faudrait dire avec un héroïsme bien loin de son caractère si faible.
Mais M. de Puymandour n'était pas homme à abandonner sans combat la chimère de toute sa vie. Il ne quitta plus sa fille d'une minute, il l'entoura, il la persécuta, il l'obséda. Le troisième jour, au soir, Mlle Marie se rendit et prononça le oui fatal entre deux sanglots.
Et cependant, c'est à peine si M. de Puymandour, ravi, prit le temps de la remercier de l'horrible sacrifice.
—Il me faut courir à Champdoce, lui dit-il, depuis trois jours je suis sans nouvelles du duc et nos dernières dispositions ne sont pas arrêtées... Et il sortit en disant:
—A bientôt, ma petite duchesse!
M. de Puymandour avait dans ses écuries les plus beaux chevaux du pays, et sous ses remises, tout un assortiment d'équipages de tout genre.