Il n'en prit pas moins à pied le chemin du château de Champdoce. Affecter une noble simplicité lui semblait du meilleur goût, lorsque lui, parvenu, il allait visiter ce grand seigneur de mœurs si austères.

Dieu sait, cependant, s'il avait hâte de revoir M. de Champdoce.

Lorsque, trois jours plus tôt, ils s'étaient séparés après la parole donnée, le duc lui avait dit: «A demain, des nouvelles,» et on n'avait plus entendu parler de lui.

Ce retard, certes, avait servi M. de Puymandour, puisqu'il lui avait donné le temps d'arracher le consentement de Mlle Marie, mais d'un autre côté il le préoccupait. Était-il donc survenu quelque anicroche?

Il allait d'un bon pas, en dépit de la chaleur encore très forte, bien que le jour fût sur son déclin, malgré son embonpoint aussi, qui lui rendait la marche pénible, lorsque, en arrivant à la côte de Bivron, il aperçut Dauman, en grande conversation avec la fille de la mère Rouleau.

C'était, pour M. de Puymandour, une occasion de s'arrêter. Préparant, sans en rien dire, sa candidature à la Chambre, il faisait de la popularité et ne manquait jamais d'adresser la parole aux gens qu'il rencontrait quand il leur savait une certaine influence. Or, Dauman, bien que décrié, était un très actif et très remuant agent d'élections.

—Bonjour, Président, lui cria-t-il; quoi de neuf?

Maître Dauman s'était incliné jusqu'à terre.

—Une bien fâcheuse nouvelle, monsieur le comte, répondit-il: on dit M. le duc de Champdoce bien malade.

—Le duc!... Est-ce croyable?