Lorsqu'elle était encore sous le coup des obsessions de son père, inspirée par le désespoir, Mlle Marie avait songé à confier à Norbert le secret de son cœur. Elle avait eu l'idée de lui tout avouer, de lui dire qu'elle en aimait un autre, qu'elle ne l'épousait que par contrainte et force, et qu'elle le conjurait de rompre en prenant sur lui la responsabilité de la rupture.
Hélas! elle était faible. Au moment de parler, elle eut peur. Elle se tut, laissant échapper la seule chance qu'il y eût de conjurer les malheurs qui menaçaient deux existences.
Car Norbert, au premier mot, se fût retiré, heureux sans aucun doute de ce prétexte, et c'en était un excellent, de ne pas tenir l'engagement vis-à-vis de lui-même, d'obéir à son père, maintenant que son père ne pouvait plus commander.
En attendant, il avait été admis à faire sa cour.
Chaque jour, un peu après midi, il arrivait chez M. de Puymandour chargé d'un énorme bouquet.
On l'introduisait au salon, il remettait ses fleurs à Mlle Marie, en balbutiant un compliment, elle le remerciait en rougissant beaucoup, et ils s'asseyaient, ayant en tiers une vieille parente qu'on avait fait venir d'Oloron pour la circonstance.
Alors, pendant des heures, ils restaient en présence, elle penchée sur quelque broderie, lui ne sachant quelle contenance garder, cruellement embarrassés, n'ayant rien à se dire, ne disant rien le plus souvent, en dépit d'efforts inouïs pour maintenir vivante un semblant de conversation banale.
Jamais ils n'étaient si contents que lorsque M. de Puymandour leur proposait une excursion dans les environs. Avec lui, du moins, il n'y avait pas à redouter la pénible gêne du silence.
Mais ces promenades étaient rares, M. de Puymandour n'ayant pas une minute à lui, et se donnant, selon ses propres expressions, un mal de chien.
Jamais on ne l'avait vu brillant, bruyant, empressé, pressé, comme depuis que ce bienheureux mariage était la nouvelle du pays.