On ne rencontrait plus que lui sur les chemins, à cheval ou en voiture. Il portait lui-même ses invitations, et sa vanité s'épanouissait aux félicitations dont on le comblait.

Et ce n'était pas tout. Il avait encore à surveiller les préparatifs de la noce. Il la voulait magnifique.

Norbert lui avait bien fait remarquer que toutes les splendeurs qu'il rêvait seraient jugées inconvenantes, en présence de la situation affreuse du duc de Champdoce; il n'avait rien voulu entendre.

On remettait tout à neuf, on abattait des cloisons, on posait des tentures, on peignait sur les voitures les armes des Champdoce près des armes de Puymandour. Quelle gloire!...

On les retrouvait partout, ces armes: au-dessus de toutes les portes, sur les meubles et sur la vaisselle, sur les plus menus objets. M. de Puymandour les eût fait broder sur sa poitrine s'il l'eût osé.

A ces bruits de fête, au milieu de tout ce tumulte, la tristesse de Norbert et de Mlle Marie redoublait. On eût dit, à les voir pâles et mornes, qu'ils avaient comme le pressentiment de l'avenir qu'on leur préparait.

M. de Puymandour avait des yeux pour ne pas voir. Se trouvait-il seul avec eux? c'était pour les accabler de railleries dont le goût devenait de plus en plus douteux.

Un jour, cependant, il rapporta de ses courses une telle nouvelle, qu'il courut au salon, où il savait trouver ses «amoureux», ainsi qu'il disait.

—Eh bien! mes enfants, leur cria-t-il dès le seuil, votre exemple est bon, et on le suit. Le maire et le curé auront de la besogne cette année.

Mlle Marie interrogeait son père du regard.