Guidé par l'instinct, par une sorte de mémoire de la chair qui survit à la raison, il accomplissait mécaniquement une partie des actes qui lui étaient habituels. Ainsi, il faisait aux environs sa tournée quotidienne, il allait regarder les ouvriers travailler aux champs, il visitait les écuries et les étables, mais de ce qu'il faisait, il n'avait nulle conscience.

Même cet état du duc avait soulevé des difficultés dont Norbert ne se fût pas tiré de sitôt sans l'aide de M. de Puymandour.

Mais cet excellent comte, naturellement actif, avait, en ces circonstances, réalisé des prodiges. Grâce à un conseil de famille et des jugements, il avait obtenu pour Norbert l'émancipation et le droit d'administrer provisoirement la fortune.

Tout cela retarda un peu le jour du mariage. Il arriva cependant.

Dès le matin, après une nuit épouvantable, Norbert avait été saisi par son beau-père. Livré ensuite aux compliments et aux empressements des invités qui arrivaient en foule, il n'eut pas une seconde de réflexion.

A onze heures, il monta en voiture. On le conduisit à la mairie d'abord, puis à l'église. A midi, tout était fini; il était lié pour la vie.

Que lui importait, après cela, la magnificence qu'avait déployée M. de Puymandour! Un seul des événements de cette journée d'étourdissement devait rester gravé dans sa mémoire.

Un peu avant le dîner, on lui présenta le vicomte Octave de Mussidan, et, après l'avoir complimenté, le vicomte profita de la circonstance pour annoncer officiellement son mariage avec Mlle de Sauvebourg.

Cinq jours plus tard, les nouveaux époux étaient installés à Champdoce.

Pris entre une femme qu'il ne pouvait aimer, dont la tristesse mortelle lui semblait un reproche, et son père frappé d'imbécilité, Norbert était assailli d'idées de suicide.