Consumé de regrets et de remords, ne concevant aucun but à donner à sa vie, n'apercevant pas de terme à son supplice, il s'affermissait de plus en plus dans son fatal dessein, quand un matin on vint le prévenir que son père refusait de se lever.
On envoya chercher le médecin qui jugea le duc en danger.
Une sorte de réaction, en effet, se produisait. Toute la journée, le malade s'agita terriblement. Sa langue, qui était restée fort embarrassée, parut se dégager, et à la tombée de la nuit il parlait librement. Et alors un délire effrayant s'empara de lui, et Jean et Norbert durent éloigner tout le monde. Il y avait à craindre que le duc ne révélât le secret de son mal, à chaque moment les mots de poison ou de parricide revenaient dans ses phrases incohérentes.
Vers les onze heures, cependant, il s'était calmé et paraissait assoupi, quand tout à coup il se dressa sur son séant en appelant d'une voix forte: «A moi!»
Norbert et Jean se précipitèrent vers le lit et furent terrifiés.
Le duc avait repris sa physionomie d'autrefois, son œil brillait, sa lèvre tremblait comme lorsqu'il était irrité.
—Grâce?... cria Norbert en tombant à genoux, grâce, mon père.
M. de Champdoce étendit doucement la main vers lui.
—Mon orgueil était insensé, prononça-t-il, Dieu m'a puni. Mon fils, je vous pardonne.
Le malheureux jeune homme sanglotait.