—On a mieux que la parole de Ludovic, dit-il.
—Ah! fit le comte, qui était bien sûr de son ami, oserez-vous me dire que M. de Clinchan a parlé.
Il fallait que son trouble fût immense, car lui, l'homme du monde, si fin, le grand seigneur rompu à toutes les dissimulations, il ne remarquait pas la perfidie des questions de son adversaire, il ne s'apercevait pas que chacune de ses réponses était une arme qu'il fournissait contre lui.
—Non, répondit l'honorable placeur, le baron n'a pas parlé, il a fait pis, il a écrit.
—C'est faux!...
B. Mascarot, qui n'en est pas à un démenti près, ne broncha pas.
—M. de Clinchan a écrit, insista-t-il, seulement il croyait bien n'écrire que pour lui seul. M. de Clinchan, vous ne pouvez l'ignorer, monsieur le comte, est l'homme le plus méthodique de la terre, soigné et ordonné jusqu'à la puérilité.
—C'est connu, passez.
—En ce cas, vous ne serez pas surpris d'apprendre que, depuis l'âge de raison, M. de Clinchan tient registre de sa vie. Chaque soir, il relaie sur son journal l'état de sa santé, les variations de la température, les moindres incidents de sa journée inoccupée.
En effet, le comte connaissait cette particularité, qui avait valu à son ami plus d'une plaisanterie.