Et, se dégageant vivement, elle regagna sa voiture qui partit au galop.

Elle s'éloignait, mais elle venait de verser dans le cœur de Norbert un poison plus subtil que celui qu'elle destinait au duc de Champdoce.

C'est qu'elle le connaissait, comme le virtuose de génie l'instrument dont il tire des sons merveilleux; elle savait quelles cordes vibraient en lui, et comment il fallait les attaquer. Elle était certaine qu'avant un mois il serait à ses pieds, qu'elle reprendrait sur lui un empire plus absolu que jamais, et qu'il l'aiderait à exécuter contre lui-même l'abominable projet qu'elle avait conçu.

Et rien ne devait la gêner, car elle était libre, quoi qu'elle eût dit, libre comme l'air.

Ses calculs, d'ailleurs, étaient justes.

Après l'avoir suivie comme son ombre, mais à distance, pendant quinze jours, Norbert s'enhardit jusqu'à l'aborder aux Champs-Élysées. Elle se fâcha, mais non assez pour qu'il ne reparût plus. Il reparut... Elle pleura... N'importe, il revint encore.

Sa défense parut héroïque à Norbert, et cependant, peu à peu, elle faiblit; il devint plus pressant; elle lui accorda une entrevue, puis deux...

Mais quelles entrevues!... Elles avaient lieu à l'église, quelquefois, ou dans un musée, ou au bois... et c'est à peine s'il avait le temps de lui serrer furtivement la main.

Et cependant, il n'osait se plaindre, tant était terrible le tableau qu'elle lui faisait des dangers qu'elle bravait pour lui.

Enfin, après des hésitations, des larmes, toutes sortes de réticences, elle finit par lui avouer qu'elle avait trouvé un moyen de rendre leurs rendez-vous plus fréquents, plus longs, presque sans péril... c'était, mais elle n'osait le dire... c'était sans doute bien mal... c'était... qu'elle devînt l'amie de la duchesse de Champdoce!...