Cette fois, Norbert reconnut qu'elle était un ange, et il fut décidé que dès le lendemain il la présenterait à sa femme.
XIV
C'était dans les premiers jours du mois de mars, un mercredi.
Au lieu de se faire servir dans son appartement ou de courir au cercle rejoindre quelques amis, comme c'était son habitude de tous les matins, le duc de Champdoce, Norbert, avait voulu déjeuner avec la duchesse.
Il était d'une humeur charmante, souriant et causeur comme jamais sa femme ne l'avait vu depuis leur funeste mariage. Il rit, il plaisanta, il conta fort spirituellement deux ou trois anecdotes très amusantes et un peu scandaleuses, qui couraient alors les cercles et les salons de Paris.
Le café servi, il demanda à la duchesse de fumer devant elle, se fit apporter des cigares, et s'installa confortablement devant l'immense poêle de la salle à manger.
On eût dit que pour la première fois il s'apercevait qu'il était marié, qu'il était chef de famille, qu'il avait certains devoirs à remplir, et qu'il voulait s'exercer à ces jouissances si douces pour qui les connaît et les a éprouvées, de l'intérieur et de l'intimité.
Mme de Champdoce ne pouvait en revenir. Cette métamorphose si complète et si soudaine l'inquiétait et l'effrayait. Elle pressentait quelque chose d'extraordinaire et de grave, un évènement qui allait tomber dans sa vie et la changer. Et comme elle était inexpérimentée, inhabile à garder ses impressions et à feindre, ses regards interrogeaient.
Norbert, lui, attendait avec une impatience évidente que les valets eussent fini leur service et se fussent retirés.
Dès qu'il se trouva seul avec sa femme, il se rapprocha d'elle et lui prit la main, qu'il baisa galamment.