Norbert eût au moins dû chercher à le deviner. Il n'y pensa même pas. Toutes ses réflexions, comme de l'huile tombant sur le feu, enflammaient encore sa passion, et les déchirements de l'orgueil blessé se piquant aux exaspérations de ses désirs, il se sentait devenir fou.

Si encore il eût pu suivre Mme de Mussidan comme autrefois!... Mais dehors aussi elle était gardée, et soit qu'elle se promenât au Bois, soit qu'elle se montrât aux courses, toujours quelques cavaliers servants galopaient à la portière de sa voiture. C'était tantôt M. de Sermeuse, tantôt M. de Clairin, le plus souvent Georges de Croisenois.

Tous ces messieurs déplaisaient souverainement à Norbert; mais ce dernier avait surtout le don de l'irriter. Il le jugeait impertinent et fat. En quoi il jugeait on ne peut plus mal.

A vingt-cinq ans qu'il venait d'avoir, M. le marquis de Croisenois passait pour un des hommes spirituels de la haute société parisienne. Chose rare, sa réputation était méritée, et il n'était pas méchant. Il pouvait avoir beaucoup de jaloux, il n'avait pas d'ennemis sérieux. On l'estimait et on l'aimait pour la sûreté de ses relations et sa loyauté. Enfin, son caractère avait certains côtés chevaleresques et aventureux qui séduisaient.

Au physique, c'était un homme de taille moyenne, bien pris, très brun, ayant le front ouvert et intelligent, d'admirables cheveux noirs, le regard doux et le sourire légèrement sarcastique.

—Je voudrais bien savoir, demandait Norbert à Mme de Mussidan, quel charme vous trouvez à vous faire suivre par cet impertinent gentillâtre?

A quoi invariablement elle répondait avec un diabolique sourire:

—Vous êtes trop curieux!... Vous le saurez plus tard.

Plus prudent et mieux avisé, Norbert se fût inquiété du ton de ces réponses. Au lieu de s'emporter follement, il se fût appliqué à analyser la conduite de Diane, et il est probable que cette étude l'eût mis sur la trace de la vérité.

Mme de Mussidan poursuivait alors avec une patience infinie et des ménagements merveilleux son œuvre de destruction.