Il ne s'était pas écoulé un seul jour sans qu'il eût été question de Croisenois entre elle et Mme de Champdoce, elle avait su accoutumer l'esprit de la duchesse à envisager froidement quantité de probabilités, de possibilités même, dont la seule idée quelques mois plus tôt la faisait frémir.
Ce grand point obtenu, Mme Diane jugea que le moment était venu de rapprocher ces deux amants, et qu'une seule rencontre inopinée vaudrait ses plus savantes insinuations.
Un jour donc que Mme de Champdoce était allée prendre son amie pour une promenade, on la pria d'attendre au salon quelques minutes. Elle y entra et trouva le marquis de Croisenois.
Un même cri de surprise leur échappa, lorsqu'ils se reconnurent, et ils devinrent extrêmement pâles l'un et l'autre. Même l'émotion de la duchesse fut telle, qu'elle s'affaissa, anéantie, sur un fauteuil, près de la porte.
Georges n'était guère moins agité. Il avait profondément aimé Marie de Puymandour, et n'était pas encore consolé de son mariage.
—J'avais eu foi en vous, balbutia-t-il, d'une voix à peine intelligible, et vous avez oublié.
—Vous ne croyez pas ce que vous dites!... répondit la duchesse en se dressant à demi.
Mais presqu'aussitôt, elle se laissa retomber, en poursuivant sans se rendre compte de la gravité de ses paroles:
—Mon père commandait... j'ai obéi... j'ai été faible... je n'ai rien oublié...
Accroupie derrière une porte, Mme de Mussidan ne perdait ni un mot ni un geste, et son cœur était inondé d'une détestable joie. Elle se disait qu'une entrevue qui commençait ainsi ne serait pas la dernière...