—Et tu ne le connais pas, bien vrai?
Le bonhomme leva la main comme un témoin devant le tribunal.
—Je ne l'avais jamais tant vu, répondit-il; que cette pipe que je tiens m'empoisonne, si je mens. Il est descendu d'un fiacre, arrêté près du pont, sur le chemin du bord de l'eau. Je passais, il est venu à moi, et il m'a dit: «Tu vois bien cette lettre? Je vais te la confier. Quand sept heures et demie sonneront, pas une minute plus tôt, tu la porteras à M. le duc de Champdoce, dont la maison est sur le chemin de la forêt.» J'ai répondu: «Je sais bien.» Là-dessus il m'a remis la lettre et cent sous dans la main; il est remonté en voiture, et fouette cocher!...
—Quelle heure était-il à ce moment?
—Quatre heures environ.
Norbert eut un geste de découragement. Il avait eu un instant la vague espérance de rejoindre le fiacre sur la grande route.
—Et comment était cet homme? fit-il.
—Dame!... mon bon monsieur, il avait l'air d'un bourgeois. Il avait une grosse chaîne de montre en or, à son gilet. Pour ce qui est du signalement, c'est un grand individu, c'est-à-dire pas trop petit, ni jeune ni vieux.
—Assez!... tu peux te retirer, merci!...
En ce moment, la colère de Norbert, et elle était des plus violentes, ne s'adressait qu'à l'auteur de cette vile lettre anonyme.