Il ne pouvait croire, il ne croyait pas à une trahison de la duchesse: il ne l'aimait pas, il la haïssait même; mais il l'estimait.

—Ma femme, se disait-il, est une honnête femme, et c'est quelque fille de service qui pense se venger ainsi d'une réprimande.

Cependant il se remit à lire cette lettre odieuse; il lui semblait que ce méchant style n'était pas naturel, mais laborieusement cherché. Puis il découvrait des dissonnances. La partie relative aux indications ne ressemblait en rien au reste. La dernière phrase: «Ne faites pas de bruit pour si peu de chose,» avait une intention railleuse marquée.

—Est-ce bien celle qui a tenu la plume, se demandait-il, qui a pensé cette phrase?

Une autre chose l'intriguait: l'allusion à l'absence des domestiques. Il fit appeler Jean.

—Est-il vrai, lui demanda-t-il, que l'hôtel soit seul aujourd'hui?

—Il le sera du moins ce soir et une partie de la nuit.

—Et pourquoi?

—Monsieur le duc ne se le rappelle pas? Le second cocher se marie, tous les gens sont invités au bal, monsieur a lui-même donné l'autorisation...

—C'est juste! Cependant, si la duchesse a besoin de quelque chose?