Norbert, lui, avait été saisi d'une inquiétude poignante. Que s'était-il passé en son absence, qu'est-ce que cela voulait dire, n'y avait-il pas eu d'indiscrétion de commise?
Il interrogeait les femmes de chambre aussi adroitement que lui permettait son trouble, quand on lui annonça, non pas un médecin mais deux, qui s'étaient rencontrés à la porte.
Introduits aussitôt près de la duchesse, ils ne dissimulèrent ni la gravité de la situation, ni la possibilité d'une terminaison fatale. Ils jugeaient Mme de Champdoce au plus mal, si mal qu'ils demandaient une consolation pour l'après-midi.
L'heure arrêtée, ils rédigèrent une ordonnance, et se retirèrent en recommandant la plus exacte exécution de leurs prescriptions, les soins les plus minutieux et une surveillance de toutes les minutes.
Ces recommandations étaient inutiles. Norbert s'était installé au chevet de sa femme, bien décidé à n'en pas bouger jusqu'à son rétablissement ou à sa mort.
Elle avait une fièvre terrible, et à tout moment le délire lui arrachait des lambeaux de phrase qui faisaient frissonner Norbert.
C'était la seconde fois qu'il avait à disputer un secret au délire.
Jadis, à Champdoce, c'était son père qu'il veillait, son père qui pouvait dire quel crime épouvantable il avait failli commettre. C'était sa femme qu'il gardait aujourd'hui, afin d'arrêter sur ses lèvres, si elle s'y présentait, l'histoire de Croisenois.
Forcé à un retour sur lui-même, il était épouvanté de ce qu'il avait déjà semé dans sa vie de crimes et de remords... et il n'avait pas vingt-cinq ans. Quel avenir était possible, avec un tel passé!...
Et le délire de la duchesse n'était pas sa seule angoisse. De quart d'heure en quart d'heure, il sonnait pour lui demander si on n'avait pas vu Jean, son valet de chambre.