—Si je ne lui avais pas accordé ce rendez-vous fatal, se disait-elle, il vivrait encore; c'est mon amour qui le tue.
Réfléchissant, elle se sentait précipitée au fond d'un abîme dont jamais elle ne sortirait.
Le présent était affreux; plus épouvantable l'avenir.
L'idée de s'adresser à son père traversa son esprit; elle la repoussa: à quoi bon!... Le comte de Puymandour l'écouterait-il, seulement?
—Tu es duchesse, lui disait-il avec son emphase ordinaire, tu as cinq cent mille livres de rentes!... donc tu es heureuse ou dois l'être.
Heureuse!... elle! Quelle amère dérision!... Elle en était réduite à envier le sort de la dernière des filles de cuisine de son hôtel!...
La nuit, pour elle, s'écoula ainsi, en angoisses insoutenables, et quand ses femmes, au matin, sur les dix heures, pénétrèrent dans sa chambre, elles la trouvèrent toute habillée, étendue à terre, les membres glacés et raides, la tête brûlante, les yeux brillants d'un sinistre éclat.
L'inquiétude et le chagrin furent tout d'abord extrêmes, à l'hôtel. La duchesse était adorée de ses gens, et il était évident pour les moins expérimentés, que ce ne pouvait être qu'une maladie très grave qui débutait par de pareils symptômes.
Tout le monde perdait un peu la tête, et on venait d'expédier coup sur coup quatre domestiques à la recherche d'un médecin, lorsque Norbert arriva de Maisons.
On le conduisit aussitôt, on le porta presque à la chambre de la duchesse, comme si, par sa seule présence, il eût pu lui procurer un soulagement immédiat. Elle ne le reconnut pas.