—Ah!... vous m'en direz tant!...
Une heure plus tard, Norbert frappait au volet du cabaret où l'attendait le vieux Jean.
—Prends bien garde de n'être pas aperçu en rentrant le cheval, lui dit-il, et viens me trouver après; j'ai bien besoin de ton expérience.
XVIII
La douleur, la colère, l'horreur, avaient allumé dans le sang de la duchesse de Champdoce une fièvre terrible, qui l'avait soutenue tant qu'elle s'était trouvée en face de son mari.
Alors elle avait agi et parlé d'instinct, sous l'impression toute vive; animée par l'enthousiasme du péril bravé, enflammée du désir de venger Croisenois.
Elle ne s'était préoccupée de rien que de blesser Norbert, de l'humilier, de l'écraser. Tel était son malheur que c'est bien réellement qu'elle souhaitait la mort. Si elle eût su par quelles paroles l'attirer sûrement, elle les eût prononcées.
Mais en elle, malheureusement, l'énergie ne pouvait être qu'un accident, fugitif comme l'éclair. Son premier mouvement la portait en avant, la réflexion l'arrêtait. Elle avait l'âme vaillante et l'esprit craintif.
Dès qu'elle fut seule, que le danger se fut éloigné, toute son exaltation s'éteignit comme un feu de paille, et, épuisée de l'effort, elle s'affaissa sur une causeuse, défaillante, fondant en larmes.
Son désespoir était sans bornes, car elle se reprochait la mort de Croisenois.