Les médecins appelés en consultation avaient donné une lueur d'espoir, mais elle était bien faible, bien chétive. Le mal paraissait empirer sans cesse, avec des alternatives diverses, mais toutes également désolantes. Les accidents cérébraux les plus alarmants se succédaient sans relâche.

Et durant ces heures éternelles, Norbert n'osait pas fermer l'œil, et ce n'est qu'en tremblant qu'il laissait approcher les femmes de chambre. Toujours le délire présentait à la duchesse la même affreuse vision: Croisenois tombant la poitrine traversée d'un coup d'épée.

Enfin, le quatrième jour, la fièvre céda, la malade s'assoupit, et Norbert eu le loisir de la réflexion.

Comment Mme de Mussidan, qui jadis venait tous les jours, n'avait-elle pas paru? Cette circonstance lui parut si extraordinaire qu'il se risqua à lui écrire pour l'informer de la maladie de Mme de Champdoce.

Une heure plus tard, il en recevait cette laconique réponse:

«Croirez-vous à un prétexte? J'espère que non. M. de Mussidan vient de décider que nous passerons l'hiver en Italie, et nous partons ce soir. Adieu.

D.»

Prétexte ou non, elle partait, elle le laissait seul quand tout l'abandonnait, elle s'enfuyait emportant son dernier espoir de bonheur.