Et cependant, tel était son aveuglement, qu'il s'efforçait de se prouver que ce départ la désolait pour le moins autant que lui-même.
A cinq jours de là, il n'était pas encore remis de ce coup, et Mme de Champdoce était hors de danger, quand un matin le médecin le prit à part d'un air mystérieux et solennel.
Il avait à lui annoncer une grande, une heureuse, une magnifique nouvelle:
La duchesse de Champdoce était enceinte.
En effet, la duchesse de Champdoce était enceinte, et c'était là le secret qu'elle allait révéler au marquis de Croisenois lorsque son mari était apparu.
C'est cette pensée qui l'avait retenue au foyer conjugal, qui lui avait donné le courage de résister aux larmes et aux prières de Georges l'adjurant de fuir.
Elle hésitait, elle chancelait, elle allait succomber aux inspirations de son cœur, lorsque tout à coup, cette idée, un moment écartés, s'était représentée à son esprit.
—Malheureuse!... s'était-elle alors écriée, j'oubliais... je ne puis..., je ne m'appartiens plus.
Son malheur, et il devait lui être imputé à crime, fut de ne pas dire la vérité à son mari spontanément, et de laisser à un médecin le soin de la lui apprendre.
Cette nouvelle devait réveiller toutes les fureurs de Norbert. Il devint livide, ses yeux lancèrent des éclairs. Il essaya cependant de dissimuler son impression.