Enfin, le grand jour se leva. Dès l'aurore, une armée d'ouvriers prit possession du ministère. On perça des galeries, on en ferma d'autres; on créa sept escaliers; on fit une salle de conseil d'une enfilade de bureaux, et une enfilade de bureaux de la salle du conseil. Les employés du second étage furent transportés du quatrième au rez-de-chaussée, et ceux du rez-de-chaussée dans les combles. Pas une cloison ne resta debout; là où il y avait des cheminées on mit des poêles, et là où il y avait des poêles ou mit des cheminées.

Cette réinstallation fit le plus grand honneur à l'architecte. Le service en fut singulièrement simplifié. Il est vrai que dans le déménagement une partie des archives fut perdue, mais on combla cette lacune par la création de trois cent quarante nouveaux emplois.

Caldas aussi perdit quelque chose. Il avait laissé le troisième acte de son drame dans le tiroir de son bureau, tiroir dont il avait la clef. Le meuble fut emporté par des hommes de peine à six heures du matin, et depuis, Romain ne l'a pas retrouvé.

Cette réorganisation des services désorganisa peut-être un peu le travail pendant un trimestre.

Mais telle était la simplification qui en résultait, que le temps perdu fut bien vite compensé.

Deux mois après que tout était rentré dans l'ordre, on rencontrait encore dans le corridor des employés qui erraient comme des âmes en peine et qui demandaient à tous ceux qu'ils rencontraient:

—Pardon, vous ne sauriez pas où est mon bureau?

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XXXIII

Caldas avait perdu son troisième acte; mais il fut nommé commis. Ses appointements se trouvèrent du coup presque doublés.