Il était donc dans les satisfaits; par contre, il y avait des mécontents, M. Rafflard, par exemple, qui venait d'être nommé au bureau des Affaires Prescrites, une impasse définitive, et Nourrisson, qui était resté au bureau du Sommier.

M. Bizos, promu au grade de sous-chef était furieux; M. Sangdemoy, au contraire, n'ayant eu aucun avancement, se frottait les mains et plus que jamais bénissait l'administration.

Gérondeau, lui aussi, était dans les satisfaits. Cet adroit expéditionnaire avait réussi à s'emparer de fonctions qu'il convoitait depuis longtemps, c'est-à-dire à s'introduire dans un bureau complètement hors cadre, le

BUREAU DES VOITURES.

Les employés de ce bureau forment une classe à part dans l'administration. Ce sont des paresseux intelligents. L'autorité supérieure a su tirer parti de leurs défauts et utiliser des gens jusqu'alors inutiles.

Dans l'intérieur du ministère, ils ne faisaient oeuvre de leurs dix doigts. Renonçant à combattre leur horreur insurmontable pour le bureau, l'administration les emploie à l'extérieur.

Ils font les courses qui exigent la présence d'un homme entendu et capable; ils s'occupent des affaires litigieuses; discutent les transactions, et enfin évitent, pour les affaires urgentes, les lenteurs de la correspondance administrative.

Le nom de ce bureau vient de ce que l'administration autorise tous ces employés à prendre des voitures à son compte. Leurs six heures réglementaires se passent donc dans un coupé, dont quelques-uns sont heureux d'offrir la moitié aux petites dames qu'ils rencontrent.

D'autres voyagent, dit-on, sur l'impériale des omnibus, et réalisent ainsi d'honnêtes bénéfices.

Gérondeau n'est pas de ceux-là. Il affirme qu'il y met du sien.