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Basquin n'était ni content, ni mécontent. On l'avait fait passer, toujours en qualité d'expéditionnaire, à un bureau de création nouvelle, le
BUREAU DE LA CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE.
Ce nouveau service est l'oeuvre et l'invention d'un sous-chef rempli d'astuce. Depuis cinq ans il rumine ce projet, depuis trois ans il travaille à le faire aboutir.
C'est au portier du ministère que jadis les facteurs de la poste remettaient les lettres particulières adressées à Messieurs les Employés.
Le portier les distribuait aux garçons de bureau, lesquels les transmettaient à leurs destinataires.
Le sous-chef rempli d'astuce vit là matière à centralisation. Il fit remarquer que le portier empiétait sur les droits de l'administration; il rédigea un projet où il était démontré, clair comme le jour, que la distribution de ces lettres ne devait pas être dans les attributions du concierge et nuisait à ses fonctions administratives.
Dans un second rapport, il indiqua tous les désavantages de ce mode de procéder. Les lettres pouvaient se perdre, et dans ce cas à qui s'en prendrait-on? Elles pouvaient arriver en retard; de qui serait-ce la faute? Où trouver une responsabilité?
En conséquence il proposait une amélioration notable à cet état de choses, et concluait à la nomination d'un chef de service, aux appointements de huit mille francs. En même temps il s'offrait pour remplir cette mission toute de dévouement.
Ce sous-chef rempli d'astuce avait de nombreuses relations; il fit parler, agir, et ma foi, à la faveur de la réorganisation qui venait d'être enfin réalisée, il enleva sa nomination.