L'autre cause provient de l'esprit de défiance naturel au peuple français. Ce gros mot de concussion est un épouvantail ruineux. Lui qui admire la bureaucratie, voit toujours dans ses cauchemars des employés puisant à pleines mains dans les caisses publiques, et, pour se délivrer de cette obsession, il a multiplié le contrôle à l'infini. Il paye tous les ans quinze millions dans la crainte qu'on ne lui prenne vingt-cinq centimes.
Aussi l'Administration française est la plus régulière et la plus honnête qu'il y ait au monde. Ce résultat coûte un peu cher, mais la France est assez riche pour payer sa vertu.
Pour en revenir à l'Administration de l'Équilibre, elle est minutieuse et fouilleuse, chercheuse, méticuleuse, soigneuse, éplucheuse, ombrageuse, fureteuse, contrôleuse, mais par-dessus tout consciencieuse.
Elle est aussi tracassière, paperassière, écrivassière, coutumière, cartonnière, mais avant tout régulière.
Pour obtenir la solution de la moindre affaire, il y faut vingt visas et quarante contrôles; le solliciteur est renvoyé de Pilate à Caïphe; chacun reconnaît qu'elle est juste, mais personne n'épouse sa cause, tous les employés s'en lavent les mains (au figuré), et sa passion dure parfois des années entières.
S'il se fâche, ce bon solliciteur, s'il s'irrite;
—Votre affaire viendra en son temps, lui répond-on, elle suit:
LA FILIÈRE ADMINISTRATIVE
Quand les maçons construisent une maison, pour monter les briques ou les moellons du sol jusqu'au dernier étage, ils dressent une échelle, se placent sur les divers échelons et se passent les briques de mains en mains. Les maçons sont paresseux, mais les entrepreneurs sont rusés. On calcule donc les distances et l'on met juste le nombre d'hommes nécessaire, ni trop ni trop peu, pour que les matériaux arrivent rapidement à leur destination, avec le moins de fatigue possible pour les travailleurs, afin qu'ils travaillent longuement.
La filière administrative, au ministère de l'Équilibre, était au début quelque chose d'analogue: l'organisation du travail, divisé pour arriver à une somme de travail plus grande et plus rapide.