Le garçon de bureau, messager des appétits, rentra ployant sous le poids d'un filet rempli de comestibles divers; il portait aussi dans un panier à trois étages la collation de Gérondeau, une douzaine d'huîtres, un demi-perdreau truffé, une barbue aux fines herbes, une tranche de roquefort, une poire duchesse et une bouteille de sauterne. L'addition montait à 11 fr. 50 c.

L'expéditionnaire Gérondeau dépense à son déjeuner les appointements d'un sous-chef.

—Ouf! dit le garçon en déposant son filet, j'ai cru que je n'en finirais pas. La dame de comptoir me racontait qu'un des garçons a volé plus de quatre-vingts bouteilles de vin à la cave. Nous lirons ça dans la Gazette des Tribunaux. Et puis, j'ai eu joliment de peine à trouver des harengs saurs, allez!

—Qu'est-ce qui mange des harengs saurs? s'écria le commis principal d'un ton furieux.

—C'est moi, fit Nourrisson, après?…

—C'est vraiment intolérable, continua M. Rafflard, vous semblez prendre plaisir à nous empester! Hier des cervelas à l'ail, aujourd'hui des harengs.

—Vous mangez bien du chocolat purgatif, vous, ça empoisonne la pharmacie!

Au lieu de répondre, le commis principal se précipita vers sa bouilloire. Depuis dix minutes qu'il discutait, il avait oublié son oeuf.

—Sacré tonnerre! s'écria-t-il, je n'ai pas de chance, mon oeuf est dur!

—Tant mieux, dit Nourrisson, je te l'achète pour ma salade.