—Allez au diable, répondit Rafflard en piétinant avec rage sur son oeuf.
Népomucène était sorti. Les employés du bureau du Sommier causaient gaiement la bouche pleine. Au jeu de toutes ces mâchoires, Caldas se sentait défaillir, la faim, que dis-je? la fringale lui mordait l'estomac; l'odeur des truffes de Gérondeau lui donnait le vertige. Il songeait avec effroi, en louchant du côté de ces huîtres appétissantes, que ce supplice de Cancale allait se renouveler tous les jours, et il se demandait pourquoi l'administration ne paye pas ses employés chaque soir.
Le déjeuner tirait à sa fin: Gérondeau ouvrait sa cave à liqueurs. Basquin, qui venait de se tailler quelques cure-dents dans un paquet de plumes à quatre francs, arracha Romain à ses sombres réflexions.
—Vous ne dites rien, collègue; acceptez donc un verre de cognac pour vous égayer!
Caldas se sentit profondément humilié; mais il ne refusa pas.
Au même instant, le garçon de bureau rentra pour remplir la carafe vidée par le seul Rafflard.
—Avec tout ça, dit Basquin, en trinquant avec le nouveau, nous ne savons pas encore votre nom.
—Je m'appelle Romain Caldas.
Népomucène dressa l'oreille:
—Comment dites-vous, monsieur? demanda-t-il.