La placidité de ce brave homme est inaltérable; il est naïf et doux; la pureté de ses moeurs lui a laissé quelque chose d'enfantin dans l'imagination et presque sur le visage.

Coquillet est un homme de taille moyenne, ni gras ni maigre, il a la joue rose, son gros oeil bleu-mat ne dit absolument rien; c'est bien la fenêtre de son esprit. Son teint uni et clair vous dirait sa sobriété d'anachorète. Ses cheveux jadis blonds ne sont pas encore tout à fait gris.

Sa mise simple, mais propre, indique un homme soigneux; c'est à la brosse qu'il use ses redingotes. S'il fait quelques frais de coquetterie, c'est pour ses mains blanches et potelées dont il tire vanité.

Il marche difficilement, parce qu'il souffre des pieds. Au pied gauche surtout il a un cor qui lui cause d'intolérables douleurs quand le temps doit changer. C'est pour cela qu'à la place de ce cor il fait faire un gousset à sa chaussure.

Coquillet parachevait une lettre majuscule, lorsque Basquin entra suivi de Caldas.

Le vieux calligraphe aimait Basquin, un élève qui lui faisait honneur.
Aussi il l'accueillit avec joie.

—Maëstro, lui dit Basquin, voici un disciple que je vous amène. Dame, il n'est pas fort, il ne sait pas distinguer la ronde de la cursive.

Coquillet leva les yeux au ciel.

—Comment peut-on, disait ce regard, admettre de pareilles gens au ministère de l'Équilibre?

—J'avoue mon ignorance, fit Romain en s'inclinant, mais on m'a fait espérer, monsieur, que vous voudriez bien me donner des leçons.