—Je ne suis pas maître d'écriture, dit-il, je me suis donné le petit talent que j'ai pour attraper quelques travaux supplémentaires qui ne sont pas mal payés; je ne saurais pas enseigner; d'ailleurs toutes mes soirées sont consacrées à la poule. Mais je tiens votre homme; je vais vous conduire au père Coquillet, le doyen des expéditionnaires-calligraphes et la plume la plus magistrale de l'administration.
Caldas sortait, précédé de l'obligeant Basquin, lorsque, dans le corridor, il fut arrêté par M. Ganivet, son chef de bureau:
—Monsieur Caldas, dit, cet homme si poli, recevez mes compliments sincères: nous savions déjà que nous avions acquis en vous un homme de talent, nous savons aujourd'hui que nous avons acquis en même temps un travailleur.
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XX
Le bureau de M. Coquillet est situé au troisième étage de l'aile nord, à l'extrémité du corridor S. Ce bureau, qui dépend d'un service hors cadres, la commission des rapports, est fort petit. Deux employés cependant y tiennent à l'aise en se serrant.
Le collègue de M. Coquillet est un vieux commis d'ordre, fort connu à l'Équilibre, le bonhomme Cassegrain. Débris d'un autre âge, c'est lui qui usera au ministère la dernière manche de lustrine.
Ce vieillard croit avoir des idées; il passe une partie de ses nuits à les rédiger sous la forme de projets dont il accable Son Excellence M. le Ministre.
La pièce où travaillent les deux vieux employés est la plus sombre du bâtiment; aussi y a-t-on installé le prince des calligraphes.
Le prince des calligraphes, M. Coquillet, est un vieillard complètement idiot. Hors une belle écriture, il ne voit pas de quoi peut se vanter un homme. S'il est surpris d'une chose, c'est de ne pas être ministre, lui qui à main levée dessine autour de lettres d'une admirable rectitude les plus merveilleuses arabesques. Il s'en console cependant, et il est heureux, lorsque, dans ses six heures réglementaires, il a couvert une page de parchemin de caractères à faire briser ses planches à un graveur de lettres.