—Tout simplement des vers monorimes en if. C'est une réminiscence d'un genre qu'on cultivait sous la Restauration. M. Thiers, dit-on, est l'inventeur de la poésie en canif.
—Bah! dit Caldas.
—Écoutez, mon cher.
Et, avec une volubilité dont une crecelle donnerait une imparfaite idée, Jouvard récita ces vers:
POÉSIE EN CANIF.
Le voyez-vous, ce plumitif,
Qui s'avance d'un pas massif?
Voyez son oeil louche et furtif,
Et son doux air de lénitif.
Plus pâle il est qu'un vomitif
Et plus froid qu'un récitatif.
Son aspect réfrigératif
Fait l'effet d'un soporatif.
Devant ses chefs il est craintif
Cent fois plus qu'un filou fautif
Qu'on conduit devant le shérif
Après un vol bien positif.
Cet homme, peu récréatif,
D'un faubourg de Caen est natif.
Un vieux paysan processif
Est, dit-on, son père adoptif.
Ce fait est très-explicatif
Et surtout significatif.
Ce Normand, rien moins que naïf,
Se masque sous un air fictif;
Sa bêtise n'est qu'un faux pif.
Oui, son visage dormitif
Ment comme une face de juif.
Son oeil, rien moins qu'intuitif,
Cache un esprit alerte et vif.
Il affecte le ton plaintif,
Mais nous connaissons son motif,
Nous tous qui l'avons vu, pensif,
Presser son front méditatif.