Il acheta, acheta, acheta: aujourd'hui du vin, demain des instruments d'optique, et des livres, et des pendules, et des dentelles, et tout ce qu'on lui proposa.
Chaque nouvel achat ne grevait ses appointements mensuels que de dix francs, l'un dans l'autre.
A la dixième partie fine, Chabannette s'aperçut que son revenu était diminué des deux tiers. Il lui restait juste cinquante francs pour la pâtée et la niche. Il est vrai que ses appointements n'étaient hypothéqués que pour trois ans.
Vivre trois ans avec six cents livres par an, était-ce possible? A partir de ce moment, Chabannette renonça aux parties fines, mais il fut réduit à continuer d'acheter pour vivre.
Aujourd'hui, sa dette flottante absorbe la totalité de ses revenus et au delà. Il achète avec désespoir, il ne peut plus s'arrêter sur cette pente fatale; comme au juif errant, une voix impitoyable, la voix de la nécessité, lui crie: Achète… et il n'a pas cinq sous dans sa poche.
Si la dette est le signe manifeste de la prospérité d'un homme, on peut dire que Chabannette a un bel avenir.
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XXVI
Caldas ayant ouvert un livre de statistique, ses yeux s'arrêtèrent précisément sur cette phrase à l'article Prisons:
«Sur cent décès de prisonniers, soixante-quinze ont lieu dans les trois premiers mois de la détention. Cette première période constitue le temps critique du régime claustral. Beaucoup de tempéraments n'y résistent pas; mais passé ce terme fatal, la vie moyenne des pénitentiaires excède de trois ans et quatre mois la vie moyenne du reste des habitants de la France. Cet admirable résultat est dû, on peut le dire hardiment, à l'existence sobre et réglée du détenu, et l'honneur en revient à la sollicitude si éclairée de l'administration supérieure.»