—Et tu prétends essayer tout cela?

—Sans aucun doute, tu vas bien le voir. Au surplus, tu seras juge. Voilà où tes conseils me deviennent indispensables; n’es-tu pas le roi de la mode, ou plutôt la mode en personne? Rien qu’à regarder un gilet, tu dois lui donner bonne façon.

Il parlait ainsi, tout en se déshabillant. Le tailleur, d’un air grave, présentait les vêtements que Ferdinand endossait les uns après les autres. Il ne se lassait pas, il n’en trouvait aucun à son gré.

—Hélas! gémissait-il, ma tournure est piteuse, je m’en aperçois aujourd’hui; j’avais des illusions. Regarde, Hector, regarde, suis-je assez commun, assez balourd? tu me trouves grotesque, n’est-il pas vrai? Mon cher tailleur, vos habits vont abominablement; ce pantalon est trop court, ce gilet trop long: l’un me grossit outre mesure, l’autre m’écrase la poitrine.

Le tailleur se donnait beaucoup de mal. Tout allait au mieux et «avantageait monsieur.» Jamais il n’avait vu plus charmante tournure ni trouvé plus difficile client.

Et on essayait encore.

—Aussi, c’est vrai, dit Ferdinand, vit-on jamais modes plus ridicules que les nôtres! Le chapeau tuyau de poêle a tué l’héroïsme. Soyez donc beau, noble, poétique avec cette loque qu’on appelle un habit noir! L’humanité entière a l’air de sortir du même moule! Apollon du Belvédère aurait aujourd’hui l’air d’un coiffeur. La galanterie a disparu avec les bas à coins, l’esprit s’est enfui avec la poudre.

—Levez un peu le bras, monsieur, disait le tailleur; bien, ainsi. Maintenant, tournez la tête, c’est cela.

—Avec tes idées, reprenait Hector, il fallait te marier en carnaval, tu aurais pu choisir un costume à ton gré, prendre la cuirasse des croisades, les souliers à la poulaine, les bottes Louis XIII, le chapeau galonné d’or, le justaucorps à brevet, et la cravate des merveilleux. Tu avais pour faire ton choix le magasin aux costumes de la Porte-Saint-Martin.

—Tu crois rire, mon ami, et tu viens d’émettre une grande et fructueuse idée. Mais là, sérieusement, vois... suis-je digne d’elle, d’elle, si belle, si gracieuse, si poétique? Non, je suis affreux, je voudrais avoir une marraine pour fée; comme Peau-d’Ane, j’aurais un pantalon fait d’un pan de la nue, un gilet couleur soleil, et un habit taillé dans l’aile d’un papillon.