—Elle, qui? ma femme? Herminie.
—Eh! il s’agit bien de ta femme!
Mais Ferdinand avait réussi à se dégager, il était déjà loin.
IV
Elle s’appelait Louise d’Ambleçay et venait d’avoir dix-sept ans.
Sa mère, madame la baronne d’Ambleçay, était restée veuve après peu d’années d’un mariage heureux. Jeune encore, riche, décidée à ne jamais se remarier, elle n’eut pas le courage de se séparer de sa fille unique, et voulut elle-même se charger de son éducation.
Elle eut pour aides, dans cette tâche si difficile, un vieil abbé fort savant, très spirituel, plus original encore, et une institutrice anglaise. Par miracle, cette Anglaise était excellente musicienne; par un miracle plus grand, elle n’était nullement romanesque. Le prêtre et l’institutrice font encore aujourd’hui partie de la famille; sans aucun doute, ils finiront leurs jours au château d’Ambleçay, à discuter, sans pouvoir se mettre d’accord, leur système d’éducation. Car ils ont chacun un système. Il est vrai qu’ils n’en ont pas fait l’essai sur leur élève.
Ainsi, Louise eut le rare bonheur d’éviter les pensions et les couvents, dont l’air est si souvent fatal aux jeunes filles. Une brebis malsaine a plus tôt fait qu’un loup de mettre à mal tout un troupeau, et la plus sévère vigilance souvent ne peut pas écarter de telles brebis. Enfin les demoiselles rapportent de la meilleure des maisons d’éducation nombre de préjugés et de sottes idées, dont plus tard, dans le monde, elles ont mille peines à se défaire.
A cette éducation, sous les yeux de sa mère, Louise devait cette ignorance adorable, cette grâce instinctive, cette naïveté sereine, ses plus grands charmes, bien avant sa rare beauté.
Madame d’Ambleçay vivait fort retirée. Abîmée dans sa douleur, à la mort de son mari, elle s’était réfugiée dans son château, se refusant à voir personne. Plus tard, lorsque le temps eut séché ses larmes et ramené un sourire sur ses lèvres, elle ne voulut plus changer son genre de vie. Elle pensait que les plaisirs du monde ne valent pas ceux d’une calme retraite.